11 DESAPPRENDRE, C'EST ACCEPTER D'APPRENDRE AUTREMENT 4 LES TECHNIQUES CULTURALES
JARDINER C'ETAIT MIEUX AVANT
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JANVIER 2026
Camille Pissaro, paysanne bechant
- Façons culturales au jardin ou le travail du sol.
S’il est un domaine où les méthodes et les pratiques ont complètement changé
c’est bien sur les façons culturales, travail du sol, labours, bêchage appelé autrefois « défoncement ».
Durant des années, voire des siècles les jardiniers ont retourné profondément les sols,
Jean Baptiste de la Quintinie, passionné d’horticulture, jardiner du roi Louis XIV, créateur du potager du Roy,
qui consignait tous ses travaux dans ses carnets d’observations quotidiennes, écrivait :
(conservés à la BNF, Bibliothèque Nationale de France),
« Ces labours fréquents que je viens de conseiller sont d’une grande utilité ;
car outre qu’ils empêchent qu’une partie de la bonté de la terre,
ne s’épuise à la production et nourriture des méchantes plantes,
ils ont au contraire que ces méchantes herbes mises au fond de la terre y pourrissent ».
(La Quintinie 1758).
J’ai donc comme tout bon jardinier bêché profondément mes massifs,
bêchage simple, bêchage avec jauge simple,
bêchage encore plus profond à double jauge à la bêche ou à la fourche-bêche
après avoir auparavant effectué une profonde découpe à la bêche.
On nous apprenait à l’époque, que le bêchage avait pour avantages :
D’ameublir et d’aérer la terre, d’enfouir du fumier, du compost, de la tourbe et en même temps de désherber.
En revanche personne ne nous a alerté sur ces inconvénients,
outre le fait d’occasionner de sévère mal de dos au jardinier,
à savoir de perturber la vie du sol,
bactéries, vers de terre, et champignons…disparaissent s’ils sont enfouis trop profondément,
or on les trouve dans la couche superficielle du sol entre 12 et 15 cm.
J’avais donc tout faux ! quelle honte ! et je ne le savais pas… !
- Motoculteur.
Au jardin, en ville, certains jardiniers, notamment des collectivités,
mais pas seulement, préservent leurs dos grâce à l’utilisation d’un motoculteur,
ça va vite, la terre est ultra fine comme de la semoule,
facile à travailler, attention après la première pluie
de ne pas oublier de décrouter l’ensemble pour permettre à l’eau de pénétrer.
De plus une semelle compacte va finir par se créer,
à la suite des passages répétés de l’appareil, son utilisation à long terme appauvrit les sols.
- Grelinette.
Une autre solution consiste à utiliser une grelinette,
ou bio-bêche à trois, quatre ou cinq dents
qui mise à part un investissement plus onéreux qu’une simple bêche,
mais bien moins qu’un motoculteur, est facile d’utilisation puisqu’elle utilise le principe du levier.
La grelinette permet d’ameublir et d’aérer la terre sans la retourner
préservant ainsi l’écosystème et la vie microbienne du sol,
reste à briser les plus grosses mottes (avec un croc par exemple)
et ensuite, place aux plantations.
Mais le but ultime est d’éviter de perturber les sols,
le non-travail du sol, que l'on appelle aussi TSL
(technique sans labour) ou TCS (techniques culturales simplifiées).
- Technique sans labour
Le principe est de ne rien faire ou le moins possible, de laisser faire la nature,
il faut pour cela un peu de temps.
Premier point important,ne jamais laisser le sol à nu,
dans la nature les sols des forêts, des champs ne sont jamais nus,
seuls les déserts sont nus.
Les risques sont nombreux : érosion de sa surface, lessivage des particules solides comme l’argile, lixiviation,
entrainement des particules solubles comme l’azote,
de plus un sol nu n’offre aucune nourriture pour la microfaune et les vers de terre
et surtout favorise la formation d’une croute de battance,
signal d’alarme d’un sol qui va mal.
La solution, planter, semer des engrais verts, ou étaler du paillis ou des feuilles mortes.
Petite leçon de « géodrilologie »
(science des vers de terre).

Pour ameublir un sol, utiliser les vers de terre.
Les vers de terre font partie de la famille des annélidés.
Elément incontournable de la microfaune les lombrics sont très utiles au jardin,
par leurs galeries ils aèrent et décompactent la terre,
facilitant ainsi l’irrigation et jouent un rôle de « décomposeurs »
en se nourrissant de déchets végétaux ,herbes, feuilles, racines…,
de bactéries et de champignons, riches en cellulose,
qui une fois passés dans leur tube digestif sont restitués
enrichis en éléments nutritifs calcium, phosphore, magnésium, facilement assimilable par les plantes,
à la surface sous forme de terricules, petits tourbillons , signe extérieur de richesse de votre terre.
Depuis quelques années Lydia et Claude Bourguignon,
célèbres microbiologistes alertent sur le potentiel danger de la disparition des vers de terre.
En 1950 on comptait 2 tonnes de vers à hectare,
aujourd’hui dans certaines régions on ne dénombre que 100 kilos seulement,
suite de l’utilisation massive de produits phytosanitaires,
de plus ils sont aujourd’hui menacés par un ver plat exotique (plathelminthe terrestre).
Pour l’astrophysicien Hubert Reeves,
la disparition des vers de terre est un problème aussi important pour l’humanité que la fonte des glaciers.
Une étude française, dirigée par Céline Pelosi, de l’INRAE d’Avignon
révélée en 2021 dans « Sciencedirect »,
démontre une forte bioaccumulation de glyphosate chez les vers de terre,
92% des vers de terre étaient contaminés par au moins un pesticide,
34% en présentaient cinq et plus.
On distingue trois types de vers de terre :
- Les « épigés » (genre eisenia fétida ou andrei), r
- ouges pourpres, (utilisés en lombricompostage),
- qui vivent en surface dans la litière de feuilles, à moins de 5 cm de la surface.
- Les « endogés », vers gris, (genre nicodrilus caliginosus)
- de couleur rose translucides, font des galeries horizontales
- à environs 20 cm de profondeur et se nourrissent de racines mortes.
- Les « anéciques », les plus grands, rouge, brun, gris, (genre lumbricus terrestris)
- font des galeries verticales qui peuvent descendre jusqu’à 1 mètre de profondeur.
- Ils remontent à la surface chaque nuit pour se nourrir de matière organique,
- et vident leur intestin sous forme de turricules avant de redescendre dans leurs galeries.
Les vers, travailleront pour vous pour cela griffer légèrement le terrain,
étendre une couche de compost ou de feuilles mortes
que vous recouvrez d’un tapis de carton brun neutre sans inscription à cause de l’encre qui peut être toxique,
(les vers de terre adorent le carbone et la cellulose),
masquer le tout avec un paillage ou d’un lit de feuilles mortes et laisser faire la nature.
Date de dernière mise à jour : 2026-01-09
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